Comité régional PHYTO
 Un pôle de concertation sur les pratiques phytosanitaires
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Connaissance, attitudes, pratiques des agriculteurs par rapport à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques

4.1. Connaissance des pictogrammes

On peut penser que lorsque l’agriculteur connaît la signification des pictogrammes présents sur les étiquettes de produits phytosanitaires, il prendra plus de précautions durant l’utilisation de ceux-ci. Les résultats des questions relatives à ces pictogrammes sont repris au niveau du tableau 8.

Il est à noter que le "pictogramme de danger pour l’environnement" est relativement récent, il peut ne pas encore être intégré dans les habitudes. En effet, seuls 17% des agriculteurs en connaissent la signification exacte. Ce manque de connaissance peut s’expliquer pour certains, par un manque d’information puisque plus de 30 % des agriculteurs estiment ne pas être bien informés sur les risques liés aux produits phytopharmaceutiques.

Tableau 8: connaissance des pictogrammes

N

Dangereux pour l'environnement

Seuls 17% des fermiers connaissent ce pictogramme


T toxique

T+ très toxique



Xn nocif

Xi irritant, sensibililant

11% connaissent les 4 significations de ces pictogrammes

45% connaissent approximativement les significations

44% ne connaissent pas les significations

 

On peut se demander d’où vient ce manque de connaissance des agriculteurs.

La formation de base est relativement élevée, 48% ont une formation agricole, 56% une formation supplémentaire (dont 64% une qualification d’utilisateur spécialement agréé).

L’encadrement
des agriculteurs est diversifié (recours réguliers aux délégués de firme, aux organismes officiels). De plus, 82% des agriculteurs lisent régulièrement la notice des produits phytopharmaceutiques, 88% trouvent les indications de sécurité bien indiquées et compréhensibles et 83% considèrent les informations pour la préparation et l’utilisation du produit comme simples et facilement applicables.

Malgré la lecture et la bonne compréhension des données reprises sur l’étiquette des produits phytopharmaceutiques, l’agriculteur n’a pas une connaissance précise des pictogrammes de danger. Il retire de l’étiquette les informations qui lui sont nécessaires pour la pulvérisation ( dose, possibilité de mélange, …).

A posteriori, après analyse des données, on peut se demander si la question était adaptée à l’objectif. En effet, le traitement statistique révèle que la connaissance de ces pictogrammes n’a aucune influence significative sur les pratiques des agriculteurs en matière de produits phytopharmaceutiques. De plus, toute personne manipulant des produits où apparaissent ces pictogrammes de danger sait naturellement ce qu’ils signifient, sans pour autant en connaître la signification exacte.

4.2. Evaluation par les agriculteurs de la toxicité des produits phyto-pharmaceutiques vis-à-vis des compartiments de l'environnement

Lors de l’enquête, il a été demandé à l’agriculteur de classer 15 composantes relatives à l’environnement et à la santé humaine (tableau 9) selon le risque lié à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.
Le niveau de risque pour chaque compartiment est classé graduellement entre 1 et 5. La classe 1 étant celle regroupant les composantes dont le risque était évalué comme le plus élevé, la classe 5 le risque le moins élevé.

Les agriculteurs interrogés ont tenté d'évaluer le degré de toxicité des produits phytopharmaceutiques sur chacun des compartiments, les résultats sont repris dans le tableau 9 ci-dessous. La dernière colonne reprend la classe moyenne pour chacune des composantes. Cette classification des différents compartiments a été réalisée selon leur simple connaissance sans aucune intervention ou information supplémentaire de la part de l'enquêteur.


Tableau 9 : évaluation de la toxicité des produits phytosanitaires par les agriculteurs.
Le niveau de risque pour le compartiment est classé graduellement entre 1 et 5.
La classe 1 étant celle regroupant les composantes dont le risque était évalué
comme le plus élevé, la classe 5 le risque le moins élevé

Compartiments/Classes
1
2
3
4
5
ne sait pas
moyenne
Santé humaine
Consommateur
4
8
15
18
45
1
faible
Applicateur
29
25
20
9
7
1
élevé
Travailleur
25
28
21
9
5
3
élevé
Riverain
1
14
21
28
26
1
faible
Environnement
Sol
5
22
29
15
18
2
moyen
Eaux de surface
24
22
19
18
7
1
moyen
Eaux souterraines
16
15
21
19
18
2
moyen
Air
5
17
27
15
24
3
moyen
Organismes aquatiques
11
27
20
21
10
2
moyen
Oiseaux
12
18
26
17
17
1
moyen
Vers de terre
10
13
29
20
15
4
moyen
Mammifères
12
12
24
26
15
2
moyen
Abeilles
17
28
17
19
6
4
moyen
Arthropodes utile
10
17
27
16
8
13
moyen
Auxilliaires
13
25
21
14
15
3
moyen

Santé

A la vue du tableau 9, au niveau des compartiments relatifs à la santé, on remarque d’emblée que l’agriculteur fait une nette différence entre son personnel (l’applicateur et le travailleur) et les personnes qui lui semblent plus éloignées (riverain, consommateur).

L’agriculteur classe l’applicateur et le travailleur comme étant fortement exposés aux risques liés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques.

Le consommateur et le riverain, quant à eux, sont classés comme étant exposés à un risque très faible. Cependant, le niveau de risque pour le riverain varie au même titre que celui de l’applicateur et du travailleur mais à des échelles différentes. Lorsque l’agriculteur donne un niveau de risque très élevé pour l’applicateur, il donne un niveau de risque moyen au riverain.

Même s'ils considèrent que le riverain n'est exposé qu'à un faible risque, 80% des agriculteurs "grandes cultures" interrogés arrêtent de traiter lorsqu'un groupe de cyclistes passe à proximité du champ.

Environnement

Les agriculteurs interrogés ne font pas de nette différence de toxicité des produits phytopharmaceutiques sur l’ensemble des compartiments de l'environnement. En moyenne, l’agriculteur classe l’ensemble de ces compartiments comme étant moyennement exposés aux risques liés aux produits phytopharmaceutiques.

Cependant, le test d’indépendance réalisé entre ces données démontre qu'il existe un lien significatif entre le degré de toxicité attribué par les agriculteurs à un ensemble de compartiments relatifs d’une part à la qualité de l’eau (compartiments sol - eaux de surface - eaux souterraines - organismes aquatiques) et d’autre part aux animaux non nuisibles, voir utiles, à l’activité agricole (compartiments oiseaux – vers de terre - mammifères - abeilles – auxiliaires).

L’agriculteur accorde une importance semblable, voire égale, à l’ensemble des compartiments relatifs à ces
« milieux ». Ainsi, les agriculteurs restent cohérents dans leurs réponses dans le sens où s'ils attribuent une toxicité déterminée sur un compartiment, ils ont tendance à attribuer ce même degré de toxicité aux autres compartiments qui y sont liés.

Le travail de sensibilisation au respect des eaux et des auxiliaires mené depuis de nombreuses années au niveau des agriculteurs (via la presse agricole....) semble porter ses fruits.