|
|
|
| Comportement des agriculteurs face à l'utilisation des pesticides |
| 6.1. Impact des pesticides sur la santé et le rôle des vêtements de protection Comme il a été dit (conscience et préoccupations environnementales des agriculteurs) les agriculteurs ne se sentent pas concernés par les risques pour l’environnement liés à l’utilisation des pesticides. Leur préoccupation principale concerne les risques pour leur propre santé et la santé de leurs employés. Beaucoup d’agriculteurs se réfèrent à leur propre expérience. Environ un quart des agriculteurs ont rencontré des problèmes de santé après un traitement. La grande majorité de ces malaises (93%) sont des maux de tête et d’estomac (allant de simples crampes jusqu’aux vomissements). Seuls 7% des agriculteurs ayant eu un malaise, ont été victimes de brûlures dues à la non protection des avants-bras. Les principaux malaises recensés ont été ressentis lors de manipulations d’insecticides et d’hormones (désherbants). Les formulations en poudre, plus facilement absorbables par voies respiratoires, ainsi que les traitements de semences (poussières lors de la manipulation) sont cités fréquemment par les agriculteurs ayant subi un malaise. Le tableau 14 reprend le pourcentage d'utilisation de moyens de protection. Il est important de noter que la moitié des agriculteurs avouent ne jamais porter d’accessoires de protection. Les principaux prétextes avancés pour justifier cette "non protection" sont : l'absence de risque pour l'applicateur, la difficulté pratique de changer de vêtements après la pulvérisation, le manque de confort au travail.... Les malaises rencontrés ne touchent pas de catégories d’agriculteurs en particulier. |
![]() |
La
question est de savoir dans quelle mesure les agriculteurs utilisent des
vêtements de protection lors de la préparation et de l’application
des pesticides. En effet, les maux de tête et les problèmes
d’irritation du nez et des yeux peuvent souvent être évités
grâce au port d’un masque ou de lunettes.
|
Les campagnes d'information
menées par les Autorités et les Centres techniques concernés
semblent donc être utiles pour continuer à sensibiliser les
agriculteurs sur les dangers potentiels des pesticides pour leur santé. |
La mauvaise gestion du
fond de cuve est l’une des causes principales de pollution ponctuelle.
La bonne pratique phytosanitaire voudrait que le fond de cuve soit dilué
et épandu sur le champ venant d‘être traité.
Cette pratique, bénéfique pour l’environnement, implique que l’agriculteur revienne sur l’exploitation pour diluer le fond de cuve ou qu’il dispose d’une cuve annexe permettant une dilution directement au champ. 80% des agriculteurs interrogés disent diluer,
notamment via une cuve annexe présente sur le pulvérisateur,
et redistribuent le fond de cuve sur le champ après le traitement.
|
| Fond de cuve | (%) |
| Dilué et redistribué sur le champ | 80 |
| Redistribué ailleurs | 1 |
| Déversé sur un chemin de terre | 9 |
| Déversé sur le lieu de remplissage | 7 |
| Fosse à lisier | 1 |
| Phytobac | 2 |
Cependant, il semble peu probable qu’effectivement 80% des agriculteurs diluent et redistribuent leur fond de cuve directement sur le champ alors que seuls 70% disposent d’une cuve de rinçage.
6.3. Etat et équipements du pulvérisateur
L’état du pulvérisateur
est déterminant, tant pour l’efficacité du
traitement que pour l’impact de l’utilisation de produits
phytopharmaceutiques sur l’environnement. Quel que soit le mode
d’application mis en œuvre, le matériel doit être
utilisé correctement et muni d’un équipement
suffisant et en bon état afin de permettre
une distribution homogène du produit, un contrôle précis
de la quantité appliquée et d’éviter les fuites
dans l’environnement.
En Belgique, l'Arrêté ministériel du 23 août 2001 impose que l’ensemble des pulvérisateurs à usage agricole soient contrôlés tous les 3 ans. Cette obligation de contrôle pourrait expliquer le bon état du parc belge de pulvérisateurs. Certains équipements annexes au pulvérisateur sont vivement recommandés (sans pour cela être obligatoires) car ils permettent une protection accrue de l’environnement et de la santé de l’utilisateur (cuve annexe d’eau claire, trémie d’incorporation des produits, cuve lave-mains, rince-bidon). Les pulvérisateurs des exploitations sondées sont en moyenne très bien équipés puisque environ 70 % sont munis d’un rince-bidon, d’une cuve annexe et d’une trémie de remplissage. Cependant, malgré la présence d’une cuve annexe d’eau claire facilitant le rinçage du pulvérisateur au champ, 16 % des agriculteurs sondés avouent encore lâcher leurs fonds de cuve sur un chemin de terre ou sur le lieu de remplissage (tableau 15) Une étude statistique a permis de mettre en évidence
un lien significatif entre l'équipement du pulvérisateur
et la bonne gestion des fonds de cuve. En effet, 91% des agriculteurs
ayant une cuve annexe diluent et redistribuent le fond de cuve au champ.
Ce lien est primordial quant aux politiques de sensibilisation à
mener à l'avenir. L’une d'entre elles pourrait être
la participation des Autorités publiques aux frais d'un équipement
approprié des pulvérisateurs. |
6.4. Choix des variétés emblavées en froment d'hiver
Le choix d’une variété
est l’un des facteurs qui va déterminer le rendement financier
de la culture de froment d’hiver. En effet, une variété
ayant une bonne résistance aux maladies cryptogamiques nécessitera,
en fonction du climat, moins de traitements fongicides et une plus grande
souplesse dans le moment d’application. Un choix ad hoc lors de
la plantation (choix d’une variété tolérante,
voire résistante) permet de conforter l’espérance
d’un rendement financier élevé.
Pour 64% des agriculteurs interrogés (tableau
16), le choix d'une variété de céréales
dépend prioritairement du rendement. Les agriculteurs réfléchissent
encore leurs techniques de production en fonction du rendement (prestige
d’un rendement élevé) et non, comme l’exige
le contexte économique actuel, en terme de résultats financiers.
De plus, dans ce cas, le rendement financier est couplé à
la préservation de l’environnement. Seuls 14% des agriculteurs
choisissent prioritairement les variétés ayant une bonne
résistance aux maladies. |
| Choix de la variété | % d'agriculteurs |
| Rendement élevé | 64 |
| Plus grande valeur commerciale | 22 |
| Résistance aux maladies | 14 |
6.5. Les mesures agri-environnementales
| Le programme agri-environnemental wallon comporte onze mesures (figure
3) qui visent à promouvoir des méthodes de productions
agricoles compatibles avec deux objectifs environnementaux principaux :
la limitation des pollutions d’origine agricole et
la préservation de la biodiversité et des paysages.
Ces mesures font partie d’un programme européen développé dans l’ensemble des Etats Membres depuis la réforme de la politique agricole commune de 1992. |
L'exploitant agricole s'engage pour cinq ans à
appliquer une ou plusieurs mesures (tournières enherbées,
fauche tardive, faibles charges de bétails, couverture du sol durant
l’interculture…) en respectant certaines conditions et bénéficie
alors de subventions, pour compenser les pertes de revenus occasionnées.
Après un démarrage difficile en 1995, le
programme wallon a connu un développement croissant, à partir
de 1998, après révision du programme qui a débouché
sur un nouvel Arrêté et après la mise en place d’agents
de promotion. Selon notre enquête, la totalité des agriculteurs interrogés ont déjà entendu parler des MAE. Parmi eux, 55 % ont signé un contrat pour une ou plusieurs mesures. A ce niveau nous remarquons donc que le résultat de l'enquête est biaisé puisqu'il révèle que près du double d'exploitants y adhère, l’échantillon n’est pas représentatif de la Région Wallonne. Ceci est en grande partie dû au fait que notre population échantillonnée n’était pas représentative des exploitations de moins de 20 hectares et des agriculteurs de plus de 60 ans sans successeur. Ces deux populations sont moyennement enclines à appliquer ce type de mesures. La figure 3 indique l'importance relative d'adhésion à chaque mesure. La MAE la plus pratiquée est la couverture du sol pendant l’interculture (mesure 8) avant un semi de printemps. L’enquête révèle qu’en moyenne, chez les agriculteurs interrogés, 43% de la surface destinée à la culture de la betterave sucrière est couverte durant l’hiver. Près de 50 % des agriculteurs ont au moins 50% de cette surface couverte durant l’hiver. Cependant, 15% de ces agriculteurs ne demandent pas la
prime agri-environnementale à la couverture du sol durant l’hiver.
La raison principale invoquée par les agriculteurs pour justifier
cette non demande de prime est le fait de ne pas pouvoir labourer avant
le 1 janvier. L’effet bénéfique de l’alternance
gel-dégel étant, de ce fait, atténué. Un grand nombre de raisons est invoqué pour justifier la non adhésion aux mesures agri-environnementales. Les principales étant : · |
6.6. Pourquoi et comment traiter ?
| L’aspect économique et la crainte d’une mauvaise récolte
sont les principaux motifs qui amènent les agriculteurs à
traiter leurs cultures. Jusqu’à présent on a surtout
fait appel aux pesticides, bien que des méthodes alternatives existent
(faux-semi, désherbage mécanique et thermique…). Seuls 18% des agriculteurs ont déjà utilisé l’une de ces méthodes alternatives et 31% pensent qu’il y a un manque d’informations à ce sujet. Il ressort de l’enquête un besoin d’informations quant à ces méthodes alternatives. Les méthodes de lutte classiques présentent également des inconvénients. Le problème le plus important est l'apparition de résistances face à certains produits. Quand des résistances apparaissent, on cherche à y remédier en mélangeant des pesticides, en alternant différents produits ou en adoptant des produits totalement nouveaux. Planter une nouvelle variété tolérante aux ravageurs n’est pas envisagée. Comme il a déjà été dit, une nouvelle variété est envisagée uniquement pour des raisons économiques, pour augmenter les rendements. |
![]() |
6.7. Suggestions
apportées par les agriculteurs en vue de raisonner l'utilisation des
pesticides
| Lors du face-à-face, une dernière question était
posée et permettait à l’agriculteur de laisser libre
court à l’expression de ses idées. La question était : « Pouvez-vous donner une ou plusieurs mesure(s) spécifiques(s) en vue de raisonner, s’il y a lieu, l’utilisation des pesticides en agriculture ». La diversité des réponses données fut importante. Cependant, quelques remarques ont été citées par différents agriculteurs et méritent d’être développées. Bon nombre de remarques concernent la qualité de l’équipement du pulvérisateur. Certains agriculteurs sont pour une obligation d’équiper le pulvérisateur d’une cuve de rinçage. Celle-ci permet de diluer et d’épandre le fond de cuve directement sur le champ traité. La ressemblance des bidons pose un problème non négligeable. En effet, dans ce cas il est difficile de reconnaître les différentes substances présentent dans les bidons. Une couleur différente pour chaque type de produits (herbicides, insecticides, fongicides…) permettrait d’éviter des confusions dommageables à la culture. Il serait intéressant de fournir le matériel nécessaire à la protection individuelle de l’applicateur lors de l’achat des pesticides. En effet, si, en début de saison, les agriculteurs recevaient l’ensemble des vêtements de protection accompagnés d’une notice explicative, ils seraient sensibilisés à les porter. Certains agriculteurs font remarquer qu’il serait opportun qu’ils puissent disposer de plus d’informations indépendantes des firmes phytopharmaceutiques. |